dimanche 28 janvier 2018

Exploration théorique_Julian Roberts

Il y a deux ans déjà, j'avais passé l'été à découvrir de nouvelles théories de coupe en libre accès sur internet (vidéos, articles, livres ; tous en anglais). ça me brûlait de pouvoir les expérimenter mais les circonstances m'en ont toujours empêché. J'ai donc profité de mes temps libres pour les explorer un peu. Pour partager, j'ai décidé de commencer par les théories de Julian Roberts, exposées dans son livre "Free Cutting" (la coupe libre) que vous pouvez télécharger ici (c'est en anglais).



Pour mettre en pratique ses théories, il préconise l'utilisation de 6 mètres de tissu (ou 2 x 3m). Je n'ai pas les moyen de faire autant de gâchis, même pour la bonne cause. J'avais donc laissé ça de côté. Puis ma femme m'a surpris en me suggérant une idée. Un peu avant Noël, l'occasion s'est présentée d'acquérir des poupées mannequins à un prix très réduit. Comme elles m'ont tout de suite plu, j'ai accepté le cadeau 😆, d'autant plus volontiers qu'elles vont me permettre l'expérimentation tant espérée à échelle réduite.

A ce prix-là, je pouvais bien en avoir deux
J'ai fait un calcul de mise à échelle pour le métrage nécessaire, mais mon bon sens indique que 3 mètres de tissu correspondent à 2 hauteurs du corps, des épaules aux chevilles. C'est généralement le métrage que je prends par défaut quand un tissu me plaît mais que je n'ai pas de modèle en tête. Comme par hasard, c'est le métrage des coupons aux Coupons Saint Pierre de Lille. 😉
Après avoir fureté au grenier dans mes chutes de tissus (rien ne se perd), je suis prêt à partir en exploration des théories de Julian Roberts.

Je commence avec la réinterprétation cubiste des patrons. Pas de mesures, pas de patrons ; j'ai travaillé au jugé des proportions du support. A cause de l'échelle, je suis parfois obligé de travailler à la main. A cause de l'échelle, les tissus ne se comportent pas non plus de la même façon et leur épaisseur prend toute son importance. C'est la première leçon que j'en retire.
Les pages 22 et 28 à 30 du livre expliquent ce que je veux dire par vision cubiste du patron
J'ai décidé d'essayer la jupe, un haut avec manches et un pantalon. Je m'aperçois qu'après 30 ans de coupe à plat et de vêtements structurés, voir des vêtements très techniques comme le corset ou le soutien-gorge, il m'est difficile d'accepter le résultat tel qu'il se présente ! Faire du flou était pourtant la base de ma formation et de mes jeux d'enfant. J'ai déjà envie de faire des pinces, de réajuster, de retravailler le modèle avec un patron ! C'est contraire à l'objectif que je voulais atteindre : retrouver une liberté face au tissu.
Premier essais : la jupe.
Pour couper je me suis laissé guider par le corps du mannequin, en étant très large dans les proportions. Si la jupe me plaît, j'ai bien envie de recommencer le haut en étant un peu plus juste et en essayant autre chose.
Les manches bizarres sont une tentative de la technique du tunnel ; j'y reviendrai plus tard.
Là encore, on trouve une ouverture vers d'autres manipulations :
créer un col en pinçant le tissu, silhouetter la corps, changer la forme de la couture qui ferme le haut, etc. 
J'ai recommencé trois fois le pantalon. La première fois parce que je n'ai pas pensé à la hauteur de montant en positionnant le cercle ; résultat, la taille est trop basse! La première fois, j'ai dessiné les jambes rapprochées, comme quand on est debout. La deuxième fois, j'ai dessiné les jambes en V. La troisième fois, j'ai arrondi le haut du tube ; c'est le résultat que je préfère. Cela donne une forme toute ronde, comme avec un pouf aux fesses. 😄

Rater permet d'apprendre. Mes deux premiers essais du pantalon.
Même s'il ne doit pas y avoir de règle selon Julian Roberts, le respect de la hauteur du montant apparaît d'elle-même!
Ces expérimentations "cubistes" ont mis en évidence l'équilibre (ou le déséquilibre) du vêtement. J'ai également observé que le choix du tissu à cette échelle est primordial ; le faible impact de la gravité et la nature du tissu ont créé des volumes plus ou moins importants. Le tissu vert choisi correspondrait à un tissu en synthétique fortement entoilé ou à un épais tissu d'ameublement ! Cependant, la réalisation de ce type de bases invite à les travailler selon ses envies, en fronçant, plissant, drapant le tissu, plus à l'instinct que de façon réfléchie.
A mon avis, celui-là paraît être plus intéressant à utiliser en tant que base de travail.
Tant de possibilités pour que ça ne fasse pas clown!
Il est plaisant de se bousculer un peu les acquis. Cependant, avec la vision cubiste, je suis encore trop proche de ce que je connais , si bien que les résultats restent prévisibles. Je me suis retenu d'intervenir sur les résultats, pour ne pas les fausser, mais il est bien évident que tout peut être retravaillé ; on a le champs libre pour manipuler le tissu.
Maintenant que le premier pas est fait, je vais poursuivre mes investigations avec la technique du tube suivant la méthode de Julian Roberts. A suivre donc.