dimanche 19 avril 2015

L’enseignement des tailleurs au XIXème siècle

Gallica BNF est une généreuse source d'accès  pour lire ces méthodes
Le XIXème siècle est une époque aussi fascinante que la nôtre. On est passé des manufactures aux usines, des machines en bois à énergie animale ou humaine aux machines en fonte ou en acier à vapeur. Les progrès techniques ont révolutionné le monde du textile, tant au niveau de la fabrication et de la production qu’au niveau de la distribution et du commerce. A côté de ce nouveau monde industriel coexistaient les artisans traditionnels, et parmi eux, les tailleurs.
Atelier de tailleur, 1re moitié du XIXe. Litho coloriée. BPK, Berlin, dist. RMN.
Jusqu’en 1830 environ, la transmission du métier uniquement orale, de maître à apprenti. Cela se fait toujours bien entendu, mais on a aussi des supports de cours. Chaque tailleur perfectionne son savoir faire et confectionne ce qui va le différencier du concurrent, se démarquant par tel ou tel vêtement, voir un simple détail. Ce qui importe est que le vêtement aille bien à celui qui le porte, quelque soit sa morphologie, et qu’il corresponde à la mode et aux usages en vigueurs, suivant la fonction et la position sociale de ce client.
Quelques pages types.
Les planches d'illustration sont à la fin du livre au début du siècle, en illustration du texte à partir de 1870
La géométrie est très présente
Cette époque se caractérise par la recherche de la science et de la nouveauté. Les idées circulent un peu plus vite avec le développement de la presse et de l’édition. Dans cet esprit, certains maîtres tailleurs ont développés des méthodes de coupe et les ont publiées. Les uns pour faciliter l’apprentissage et augmenter leurs revenus en donnant des cours, les autres pour faire progresser leur art vers l’industrialisation. Avoir publié est aussi un moyen pour le tailleur d’assurer sa bonne réputation auprès de ses clients et de ses pairs.

Alexis Lavigne
Il est très amusant de se plonger dans les méthodes de cette époque et de voir comment elles ont évolué tout au long du siècle. Elles préfigurent les méthodes modernes. Alexis Lavigne, qui a fondé l’école ESMOD en 1841, fait partie de ces tailleurs qui ont publié ; sa méthode est toujours en vigueur, modernisée bien entendu. 
Les tâtonnements du début du siècle deviennent une science : l’usage du mètre ruban se généralise et chacun se réfère aux mathématiques pour développer son concept. Certains ont même inventé des instruments de mesure et ont déposé des brevets. 
Les illustrations de la prise de mesure sont toujours surprenantes : elles associent le dessin d’art au dessin scientifique. Le langage employé est propre à l’époque également : tournures de phrases indirectes, vocabulaire imagé et parfois ampoulé.
Quelques planches caractèristiques
C’est un réel plaisir que de lire et de feuilleter ces livres. Ils sont un peu ma machine à voyager dans le temps, mon retour aux sources. L’esprit de ces maîtres me pénètre et stimule ma perception du métier, mon goût pour l’étude et pour la recherche, mon besoin de me perfectionner. Peut-être qu’un jour j’écrirai aussi ma méthode.