samedi 16 août 2014

Chanel disait "le luxe c'est ce qui ne se voit pas".

J'ai lu cette citation il y a de nombreuses années, dans le livre "Chanel m'a dit" de Lilou Marquand.
On peut la retrouver dans le livre d'Isabelle Flemeyer "Chanel intime", paru en 2011.

On pourrait interpréter cela de bien des façons. Je vais vous livrer ici comment je vois le luxe.

La première chose qui vient à l'esprit quand on parle de luxe et de vêtements, c’est bien sûr la Haute Couture. La maison Chanel en a toujours fait partie. C'est un luxe apparent : soies et dentelles, broderies avec ou sans fil d’or, pierres précieuses, lainages rares, fourrures d’exceptions, robe que l’on ne peut porter que dans une occasion médiatique ou exceptionnelle. De tels vêtements ne sont pas « pour le commun des mortels », si vous m’autorisez l’expression.

Pourtant le véritable luxe peut être trouvé là où on ne l’attend pas et il n’est ni réservé à une élite, ni cantonné à la Haute Couture. Certes cette dernière en donne les bases et y contribue pour beaucoup. Je salue au passage le savoir-faire de ses nombreux artisans et salariés ; les employer est déjà un luxe en soi. Mesdames, messieurs, chapeau bas !

Un vêtement entièrement cousu à la main est quelque chose qui ne se voit pas au premier coup d’œil. On ne remarque la différence que sur les matières très délicates et sur des détails de coupe que l’industrie reproduit difficilement. Les opérations à la main étant les plus coûteuses en temps de fabrication, l’industrie les évite soigneusement, ce qui est bien compréhensible. Cependant il est des opérations et des finitions qui sont bien plus belles exécutées à la main qu’à la machine. La fluidité d’une jupe, l’ourlet d’un pantalon, un bouton bien fixé, pour ne citer que cela, n’ont pas du tout le même aspect. Coudre à la main prend du temps mais reste à la portée de tous.

Un autre luxe qui ne se voit pas est la qualité de l’entoilage. Par exemple, ce que l’on met à l’intérieur d’une veste pour lui « donner du corps » a énormément d’importance ; les tailleurs n’ont de cesse de le répéter. Je connais trois façons d’entoiler une veste : industrielle avec des toiles thermocollantes, traditionnelle avec des toiles posées à la main et semi-industrielle qui est un composé des deux précédentes. Le toucher et le poids ne sont pas les mêmes, mais c’est surtout sur le vieillissement du vêtement que l’on verra la différence. Les nettoyages successifs créent des cloques (dues au décollement de l’entoilage) sur une veste thermocollées, bien qu’il y ait de nombreux progrès techniques dans ce domaine (mes excuses aux industriels). Une veste entoilée à la main s’use de façon régulière sans souffrir de son entoilage ; on dit qu’elle « patine ». Je la soupçonne de pouvoir être lavée en machine : je ferai une veste de cette façon  pour tenter cette expérience un jour.

Enfin le luxe c’est certainement aussi un vêtement fait sur mesure (on ne le remarque pas, on vous remarque vous), une doublure de soie ou tout autre matière confortable, une personnalisation des poches, des fermetures, une création personnelle, une broderie, un détail ajouté, etc.

Je suis très admiratif du travail exécuté à la main et je le pratique moi-même, mais le luxe selon Coco Chanel ne se résume pas à ça. Je suis tout à fait d’accord que le luxe c’est ce qui ne se voit pas ; j’en parle d’expérience d’une certaine manière. Ce luxe là est accessible quand on sait faire ou que l’on connait quelqu’un qui peut le faire. 
Et vous, qu’en pensez-vous ? Qu'est-ce que le luxe pour vous ?